Après des adieux déchirants à mes enfants sur le quai de la gare, un trajet en autocar aux allures de Need For Speed dans les rues de Paris et 14 heures d’avion… Je suis au Chili – je réponds ainsi à l’invitation de l’ESO qui m’a désignée gagnante de son concours Tweet your Way to the VLT!

Pour l’anecdote, j’ai été relativement impressionnée par la qualité des repas proposés par Air France, tant le dîner au Champagne servi vers minuit et demi heure française… et le copieux petit déjeuner pris au-dessus des Andes. Coincée dans la rangée du milieu de mon Boeing 777, la caméra située sous l’appareil m’a en quand même permis quelques coups d’œil à l’extérieur, et offert une vue imprenable sur le tarmac de la piste au décollage et à l’atterrissage!

Arrivés à Santiago, la sortie de l’aéroport m’a rappelé Hurghada par son côté désertique et ses palmiers, même les montagnes sont là… Le taxi longe longuement des quartiers très populaires, débouche sur d’immenses chantiers d’immeubles d’affaires pour enfin me déposer quelques minutes plus tard à la guest-house de l’ESO, au fond d’une impasse. Le terme d’hacienda, hérité sans doute de Zorro, s’impose immédiatement… pas d’étage, un bâtiment en U qui s’étire autour d’un jardin au centre duquel se trouve une fontaine… Dans les résidences environnantes, la végétation est luxuriante aux balcons – que des plantes tropicales que je reconnais pour les avoir souvent vues bien à l’abri à l’intérieur sous nos latitudes. Dehors, il me faudra un moment avant de réaliser que ce sont des bourgeons sur les arbres qui longent les routes… nous sommes dans l’hémisphère sud, et c’est le début du printemps!





Le déjeuner est servi à table, et ce midi, nous ne sommes que deux. Lui est là via une université, et il part dés demain à La Silla, un autre site de l’ESO – il vient observer pour six entités différentes, pendant sept nuits. Son domaine, c’est les planètes, mais pas les nôtres, celles d’autres systèmes!

Direction les bureaux de l’ESO en début d’après-midi, où je suis accueillie par Mathieu, qui fait partie de l’équipe de communication au Chili – il n’est ni le seul français, ni le seul à parler français, et j’en regrette d’autant plus de n’avoir jamais appris l’espagnol!

De manière amusante, les bureaux de l’ESO sont situés sur l’équivalent chilien de la 5ème avenue, ou des Champs Elysées, si vous préférez – toutes les grandes marques parisiennes sont là. Mathieu m’expliquera tout de même que les bureaux de l’ESO étaient là avant que le quartier devienne prestigieux… Sur place, un nouveau bâtiment a été ajouté il y a deux ans pour loger les équipes qui travaillent sur ALMA (Atacama Large Millimeter/submillimeter Array) , et c’est là que William Garnier, responsable de la communication d’ALMA –encore un français- nous reçoit!

ALMA est un radio télescope, pour l’instant le plus puissant au monde, même si un autre projet encore plus ambitieux est en cours (http://www.skatelescope.org/). 43 antennes sur 66 sont d’ores et déjà opérationnelles… projet commun entre l’ESO, les USA et le Japon, ALMA s’étend sur près de 16 kilomètres, sur le plateau de Chajnantor situé à 5000 mètres d’altitude. Les challenges sont évidemment nombreux à une telle altitude, même si pour limiter les risques pris par le personnel le centre de contrôle est situé 2000 mètres plus bas. Lorsque les dernières antennes seront installées courant 2013, ALMA pourra observer au niveau moléculaire des fréquences invisibles pour l’œil humain. Parmi ses objectifs potentiels, découvrir comment la vie peut naître dans l’espace ou remonter aux origines de l’univers... Cerise sur le gâteau, l’ESO a misé gros en recherche et développement pour la conception de ses 25 antennes (25 sont également construites par les USA et 16 par le Japon), notamment en développant un système de déplacement magnétique et une antenne presque entièrement faite de fibre de carbone – donc plus légère - des innovations qui pourraient à terme trouver d’autres applications au quotidien - comme autrefois le laser ou les caméras CCD, développés pour l’astronomie et vite détournés!


Vue d'artiste (c) ESO

Entretien informel et passionnant ensuite avec Massimo Tarenghi, représentant de l’ESO au Chili, et qui a supervisé depuis 25 ans quelques uns des plus gros projets de l’ESO. Dans son bureau, un télescope Meade 200mm, flambant neuf, qui va servir à faire de l’outreach…

En effet, comme me l’explique Valentina, qui est à la tête de l’équipe de communication au Chili, l’ESO fait tout son possible pour promouvoir l’astronomie et au-delà la science en général dans le pays hôte de ses télescopes. Organisation d’évènements, présence dans les écoles, réseau d’astronomes de l’ESO qui font de l’outreach… les moyens mis en œuvre sont nombreux et ça fonctionne, il faut préciser que les institutions chiliennes (universités…) se voient attribuer chaque année 10% du temps d’observation sur les divers sites – de quoi motiver toute une génération!

Ce sont également les bureaux de l’ESO au Chili qui se chargent d’organiser chaque année des centaines de visites VIP/médias… et pas de doute, les installations européennes installées au Chili sont une grande source de fierté tant côté européen que chilien!

La prochaine étape, c’est la construction de l’E-ELT (European Extremely Large Telescope) dont le miroir fera 39 mètres de diamètre. Si l’on en croit Mathieu, il est même impossible d’imaginer les découvertes qui vont pouvoir être faites… ce sera une étape technologique « aussi déterminante que la première lunette de Galilée ou Hubble ». Vous l’aurez compris, beaucoup de fierté également chez ces salariés de l’ESO, et énormément de passion dans la voix!


Vue d'artiste (c) ESO/L. Calçada

De retour à la guest house, nous sommes cette fois ci dix à table… Je retrouve Christopher avec qui j’avais déjeuné, et fait la connaissance d’autres employés de l’ESO, en déplacement depuis le siège à Munich... Première journée passionnante, et dés demain, départ pour le désert d'Atacama, où se trouve le Very Large Telescope - le VLT.