Je verrai le lever de soleil sur Santiago depuis le taxi qui m’emmène à l’aéroport… la ville est blottie contre des montagnes, qui disparaissaient la veille dans une sorte de brume – au petit matin, elles se détachent sur le ciel qui s’éclaircit, et le paysage est superbe.

Je retrouve Mathieu, qui sera également mon guide à Cerro Paranal, et nous embarquons dans un vol à destination d’Antofagasta, à environ 1200 kilomètres au nord de Santiago. L’avion longe la Cordillère des Andes, et au-dessous de nous, l’agriculture cède bientôt la place à un paysage montagneux, le désert d’Atacama, connu pour être le lieu le plus sec de notre planète. Coup de chance, nous apercevons même notre destination finale, le Very Large Telescope de l’ESO, posé en haut de Cerro Paranal.

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Nous récupérons une voiture à l’aéroport, et c’est parti pour un road trip qui va nous faire traverser la ville côtière d’Antofagasta avant de bifurquer vers l’intérieur des terres, via la panaméricaine. A mes yeux, Antofagasta a un certain charme désuet, même si la pauvreté semble tristement omniprésente.

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Sur notre droite, la côte est parfois très déchiquetée, et les vagues sont impressionnantes…

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Dernier bastion de la civilisation, comme le dira Mathieu, une immense cimenterie qui semble couvrir de poussière bâtiments et véhicules à des kilomètres à la ronde!

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Plus nous pénétrons dans le désert et moins nous croisons de véhicules!

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Peu à peu disparaissent toutes traces de civilisation, depuis les chapelles dressées au bord de la route aux traces des voitures sur les bas côtés… Nous nous arrêtons le temps de faire quelques photos, le paysage semble tout droit sorti d’une photo prise par un rover martien. Ces rochers, posés là, ont littéralement l’air d’être tombés du ciel!

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Bientôt, un panneau annonce la route qui monte à Cerro Paranal…

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Les choses sérieuses commencent, la Residencia de l’ESO est située à 2400 mètres d’altitude environ… Notre arrivée est filmée (et non, je ne vous dirai pas combien de prises nous avons effectué!), notre entrée dans la résidence aussi (pareil!).

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Difficile de ne pas arborer un sourire jusqu’aux oreilles. J’ai beau l’avoir longuement vue dans un documentaire (et regardé avec attention Quantum of Solace, le James Bond filmé sur place)… la résidence étonne.

L’architecture intérieure est aérienne, le silence règne, et les tons vert et ocre sont particulièrement agréables à l’œil dans un environnement qui ne manque certes pas d’ocre, mais cruellement de vert!

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Je découvre ma chambre, fonctionnelle, avec un grand bureau devant lequel on s’imagine bien travailler des heures, en regardant du coin de l’œil le soleil décliner sur le paysage environnant… A la tombée de la nuit, la fermeture des volets est obligatoire, pas question de laisser les lumières de la résidence troubler les observations qui sont effectuées quelques centaines de mètres plus haut !

Nous déjeunons à la cantine… Depuis deux jours je n’entends que des compliments sur la cuisine de Paranal, je comprends maintenant pourquoi ! La notion d’hospitalité ne s’est définitivement pas arrêtée pour l’ESO à l’architecture… les repas sont délicieux, et je n’ai aucun doute sur le fait que les glaces à l’italienne à volonté jour et nuit ont beaucoup de succès. L’atmosphère est familiale, détendue, les gens sont souriants, et dehors, vue imprenable sur les pentes rocailleuses.

Nous faisons le tour des extérieurs de la résidence après déjeuner, et c’est encore l’occasion de poser pour quelques photos…

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L’intégration de la résidence à l’environnement naturel est parfaite, et je reste véritablement admirative. Dehors, le silence ambiant est également impressionnant – pas de bruits de circulation, pas de musique, pas de cris, aucun bruit de machinerie quelconque.

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Assis dans les fauteuils du grand hall, Mathieu m’explique dans les grandes lignes la mission de l’ESO et me décrit ses équipements de La Silla, du VLT, ALMA… et le projet en cours d’élaboration, l’E-ELT (European Extremely Large Telescope) prévu à Armazones, à environ 20 kilomètres de Cerro Paranal, où se trouvera d’ailleurs sa salle de contrôle. Pour plus d’informations, je vous invite à aller consulter mes notes, .

En fin d’après–midi, direction la plate forme du VLT, située environ 250 mètres plus haut. Nous prenons la voiture et Mathieu m’explique que de nuit, tous les véhicules sont tenus de circuler avec uniquement les feux de position… les bords de la route sont balisés à cet effet, mais la descente une fois la nuit tombée ressemblera quand même fort à une aventure!

Mathieu m’emmène visiter l’UT2, alias Kueyen, la Lune en langue Mapuche. C’est l’heure à laquelle les bâtiments qui abritent les télescopes sont ouverts pour permettre les observations de nuit.

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L’on commence par basculer le miroir pour éviter qu’un éventuel débris posé sur la coupole ne tombe dessus à l’ouverture de la coupole. Vue imprenable donc sur le miroir principal, d’un diamètre de 8,2 mètres… impressionnant !

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Plus impressionnant encore, tout se fait dans un silence presque complet… la mécanique qui permet au télescope de basculer et de s’orienter est tellement précise que tout se fait sans aucun bruit. Sans regarder le télescope, difficile de savoir s’il est ou non en mouvement, à tel point que personne n’est autorisé à l’intérieur du bâtiment de nuit, lorsque le télescope est utilisé pour des observations – ce serait tout simplement trop risqué. A l’ouverture de la coupole, la lumière orangée nous rappelle qu’il ne faut pas rater le coucher du soleil sur l’océan, que l’on devine à peine sous une mer de nuages !

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Direction le bord ouest de la plate-forme, donc, pour un magnifique coucher de soleil. Nous ne sommes pas seuls (et non, je ne pense pas seulement au photographe, qui est toujours avec nous !), la salle de contrôle est toute proche, et le spectacle vaut bien une pause de quelques minutes dans le travail !

Je profite de la lumière du couchant pour arpenter nouveau la plate forme et admirer les télescopes sous d’autres angles. Les « petits » télescopes auxiliaires, dotés de miroirs de 1,8m de diamètre s’ouvrent également sous nos yeux !



Il est temps de descendre dîner… avant de remonter visiter la salle de contrôle du VLT. En sortant de la résidence, mon regard est attiré par ce qui me semble être un léger voile nuageux, pourtant bien improbable vu la réputation de Paranal ! Mes camarades se moquent gentiment, ce que j’ai pris pour des nuages… c’est d’une part la voie lactée, et d’autre par les nuages de Magellan, visibles uniquement depuis l’hémisphère sud ! J’en avais évidemment entendu parler, c’est même l’une des raisons pour lesquelles l’ESO a choisi d’installer ses télescopes dans l’hémisphère sud, mais je vous le confirme, il est facile de les confondre avec… des nuages.

La salle de contrôle est immense, une section par télescope. Nous discutons longuement avec Henri Boffin, qui fait notamment des recherches sur les nébuleuses planétaires issues -ou supposées issues– d’étoiles doubles. Il travaille sur UT1, alias Antu, le Soleil – c’est le télescope que nous utiliserons le lendemain pour faire l’observation de la nébuleuse du casque de Thor. L’Homme est passionnant, et je vous invite à lire les articles qui lui sont consacrés sur la toile, ou même à le regarder en vidéo sur le site de l‘ESO !

Il est déjà passé minuit quand nous ressortons, et la Lune s’est levée entre temps, nous privant de la vue sublime que nous avions de la voie lactée. Qu’à cela ne tienne, elle nous éclairera sur le chemin du retour puisque nous avons décidé de descendre à la résidence à pied, via le sentier pédestre très justement nommé… Star Track. 3 kilomètres, de nuit, sur un chemin tout juste large pour une personne… et sur lequel nous ferons de nombreux arrêts photo.

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J’en profite pour mettre Mathieu à contribution – il fera du light painting pour la première fois !

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Il est presque deux heures et demi du matin lorsque nous rentrons dans la résidence – heureusement, demain, pas d’impératif horaire pour la matinée. Emerveillée par tout ce que j’ai vu, impatiente de le partager, je tweete et rédige pourtant jusque 4h30 du matin… avant de me réveiller à 7h30. Tant pis, je dormirai une autre fois !